2022

About FIGHT or FLIGHT, synopsis

2022

Cambrures en crucifix, Léa Petges

2021

Madame Figaro

2020

About TROUBLE, synopsis

2019

Alice Gotheil, Parcours St Germain

2018

Anne Bourrassé, à propos de
LIFE SAVER duo show (extrait sur Two Piece)

2018

Pauline Weber, Félicita 18

2018

L’Espoir II, Léa Petges
extrait à propos de l’ensemble BIRDS

2017

Emmanuel Tardieu, Bubenberg, à propos de Chrysalis

2017

Alicia Knock, Code South Way

2017

About Disconnect

2017

About SOURCE I, II, III

2016

Faire ses valises, Hugo Fortin, à propos de l’édition Source

2014

Un Regard en Plongée, Natacha Wolinski
Quotidien de l’Art, Ma Samaritaine

Film-Installation with
Le Fresnoy - Studio National des Arts Contemporains

Featuring duo: Camille Zisswiller & Nicolas Lefebvre
Full original audio: Flavien Berger, Studio DOP: Léo Schrepel, VFX: David Rodes

Fight or Flight is an experimental, sensorial, emotional film designed to bring out a sensation of immersion, submersion, going over unusual and unconscious liquid memories shared by the man and the woman who, in turn, perform breast-stroke movements in the air. Going from suspension to immersion and back.

Inspired by the rigorous principles invented by Paul Beulque in Tourcoing in 1913, the swimmers are supported by a swing and plunged into the water where they repeat the swimming movements they previously learned out of the water. This support allows the swimmer to survive in their new environment, suggesting a to and fro between breathing and drowning. The film draws attention to the human inability to breathe underwater and his desire for emancipation by means of swimming and flight.

The emphasis is on division and duality - air/water - joy/sorrow - constraint/freedom - separation/reunion - light/heavy - calm/turbulent - conscious/unconscious - life/death and possible resurrection/transformation. With each immersion the body of one keeps the imprint of the other suggesting a new type of reunion.

Vibrations en surface
Des silhouettes de corps:
Leurs creux sont des dunes
Où un soleil bleu s’est posé

Dans son tissu soir
Ôtant la brûlure du jour

Sur le sable-peau.


Crucifix cambré en pause

Leur face à face invisible
Leur chair en poudre


“Nous

Suspendues- nous
À l’arrêt.

Qui est: nous?

Où sont: nous?
Il faudrait laisser l’espace au vide

Entre nous
Non?
Ne pas laisser la peinture de lait
Durcir autour

De nous
Non?
Cette peinture là
Elle n’aime pas l’espoir.”

Quand elle lui parle, l’autre ne lui répond
Qu’en silence.

En silence seulement

Dans une eau à jamais stagnante
Elles n’entendent plus les cris
Les cris
De tout ce qu’elles ne pouvaient pas comprendre
Elles resteront
À la dérive
Dans un monde blanc papier
Où résonnent seules, les notes minérales
D’une mélodie d’ondes

Nous nous nous nous…


Il suffit à l’oubli
Seulement d’un reflet.

Il y a un sentiment de frénésie et d’apaisement dans les photos d’Isabella Hin. Ses images, vulnérables, pures, transparentes comme l’eau - élément qui revient dans son travail - sont d’une grande force émotionnelle. À travers l’abstraction réaliste, le travail sur la mémoire et un imaginaire doté d’une magnifique palette de couleur, cette jeune artiste parvient à s’affirmer et à émouvoir.

Installation with
Le Fresnoy - Studio National des Arts Contemporains


Trouble contains only elusive and misleading aquatic images. Immersed in a dark, water-like environment, the viewer is faced with a quantity of visuals whose subjects have been drowned, liquified and transformed. Initially photographs of our natural environment become modified by a liquid that varies from calm to turbulent with a recurrent presence of drops and air bubbles. These full and empty, light and heavy, circular shapes produce trompe-l’oeil effects suggesting flight and depth, oxygen and drowning.

The installation thus depicts an unusual sensation of submersion which is felt once one is underwater: protective, troubling, timeless, confronting the visitor with the complexity of their own thoughts and memories through a mass of unusual elements.

La jeune artiste cherche ce qui, dans les émotions, s’affirme et s’émousse avec l’écoulement du temps. Ainsi, elle convoque dans son travail des moments de vie et des bribes de souvenirs et le regard ne sait s’il assiste à leur surgissement ou à leur disparition. La mémoire se voit apparenter à un espace de l’intériorité, un lieu poreux composé d’états intermédiaires et de réalités négociées.

Un bas de maillot de bain féminin, trempé, a été abandonné sur le carrelage de la piscine. Cliché volé ou mis en scène ? Nous faisons défiler les différents scénarios qui auraient pu conduire à cette photographie. Certains plus angoissants que d’autres. Les portraits d’Isabella Hin sont teintés de dramaturgie. Ses images quasi-liquides nous submergent, elles sont baignées dans la fiction et les souvenirs. Ces principes esthétiques et narratifs traversent toute sa production artistique, comme des rituels.

Constamment dans l’évolution et le mouvement Isabella Hin cherche à refléter les émotions, les rencontres et les évènements qui la traversent à mesure du temps qui s’écoule, comme le courant d’une rivière. L’eau est en effet un fil conducteur dans son travail tant dans le choix des couleurs que dans l’idée d’une temporalité, d’une immensité qui nous submerge. Ne se limitant pas à la photographie, elle use également de l’aquarelle, de la collecte d’objets et de l’édition pour créer des ricochets entre ses différents projets. Fascinée par le pouvoir des images, elle les regarde, les collectionne frénétiquement, pour construire des correspondances visuelles et nourrir sa propre production artistique. Son appareil photo lui permet de conserver les moments qui l’animent, comme autant de traces du passé qu’elle réutilise en les imprimant, les rassemblant dans des livres ou des installations, photographiques à l’image de Disconnect ou Source I, II, III. À travers différents espaces orchestrés en résonance, elle rend ainsi visibles les relations possibles entre son intimité et la mémoire collective.

Je les ai vu ce soir, ils étaient cent.
Cent petits bouts de papier déchirés et perdus,
prisonniers des tourbillons possessifs.
J’ai levé la tête et ils dansaient sans cesse, sans prendre le temps de respirer.
Certains aux fronts bleutés, d’autres aux joues rouges selon les reflets,
ils avaient l’air pressé de partir sans savoir la direction à prendre.
Un souffle clair les a fait s’envoler encore plus haut, et ils se sont tous rassemblés, collés les uns aux autres pour tout doucement, former un immense oiseau blanc en papier.

Au delà de sa beauté visuelle qui m’a immédiatement interpellé, j’ai été particulièrement intéressé par les recherches formelles qui ont mené à cette photographie. En effet, ce sont les observations de chrysalides dans une serre à papillons qui ont fourni l’esquisse visuelle de l’image. La fragilité de l’objet, l’éphémère usage de cette enveloppe sont deux lectures liant le verre de ce pare-brise cassé aux stries de cette coquille de soie, à la fois protectrice et destructible. Ces deux objets passent de l’état de protection à celui d’une matière mobile figée. L’animal est soumis à une métamorphose en phase de chrysalide, tout comme cette automobile en attente de démantèlement, de compactage, de recyclage.

Le travail photographique d’Isabella Hin est un voyage dans le flux et les soubresauts de la mémoire. Ses photographies, où flottent Ophélies, chevelures sans fin et autres figures de noyé(e)s surgies du romantisme, tentent de rendre la saturation continue des souvenirs: Disconnect déploie l’ensemble des photographies prises par l’artiste pendant un temps donné. Ce geste maximaliste, qui est “photographie inverse” -si la photographie est bien ce rectangle découpé dans le réel (“une photographie prélève dans les images du monde un rectangle”, Jacques Roubaud)- est pourtant le geste de l’hypermnésique qui fait remonter l’ensemble des souvenirs pour pouvoir recommencer à oublier.. et se souvenir. Face à la saturation de Disconnect, la possibilité de l’oubli apparait dans les trous de SOURCE, symphonie intermittente d’objets scannés dans la chambre claire-obscure de l’artiste. C’est au coeur de ce double mouvement qu’opèrent le travail de mémoire et le geste photographique: le rythme continu, chrono-photographique, de l’image ne peut être compris qu’à l’aune de ses disparitions. La mémoire fluide traversée par Isabella Hin n’est peut-être autre que les dizaines de piscines dans lesquelles plongent The swimmer (film de Frank Perry, 1968) pour retraverser son existence: chaque piscine dépassée soude le souvenir précédent, autant qu’il dissocie et écarte.

La photographie se loge ici au creux de cet écart: une chevelure, même sans fin, finit par délivrer les objets qu’elle emprisonne, il suffit de l’agiter “dans l’air comme un mouchoir” (Baudelaire, Les Fleurs du Mal)… De même, des eaux profondes des photographies de l’artiste s’envolent des avions en papier aux formes changeantes, dans une chorégraphie combinatoire de souvenirs.

Installation, 6 × 6 m
proof prints Négatif + of 2012-2015


An imposing installation of 4000 analog proof prints taken during the first three years at Beaux-Arts de Paris. Without edits, they were removed individually from the envelopes they came in when returned from a school exchange abroad. Then decided to create 35 panels of 80 × 120 cm each like huge contact sheets that hang chronologically.

Travel, party, portrait, intimate photographs that were hidden and preserved until this fruition. The singularity of each image is lost in the flow of three years. All presented on the same surface, similar to the gallery of images on a screen.


A flow of images generating a distance and disconnect.

Installation that gathers chronologically all the elements from the wall of my rooms that were taken down in 2015 (Paris), 2016 (Boston), 2017 (Paris). This life-size piece represents a collection of objects, art works, magazine pages, postcards, photocopies that were found, made or given.


They represent 9 years of spontaneous assembling. Seeking to share an intimate space and allowing the viewer the possibility to imagine his own narration.


Like linked mental spaces.

Dans SOURCE, Isabella Hin présente un ensemble hétéroclite d’images et d’objets scannés qu’elle agence comme elle le ferait sur les murs de sa propre chambre. Et c’est bien de ce qu’il s’agit ici: une collection de cartes postales, de photocopies, de pages de magazines et d’objets divers qui étaient accrochés aux murs de sa chambre. C’est avant un grand départ qu’elle a dû tout décrocher et c’est comme cela que lui est venu l’idée de ce livre pensé comme l’extension de cet espace intime. Elle a créé SOURCE comme on fait ses bagages et ce livre-là est une valise. Isabella ne nous montre pas ses propres photographies mais l’origine de ses recherches et de ses goûts. Elle présente un halo de références et d’images entêtantes et tout ce qui, à un moment, a attiré son attention. C’est cela qu’évoque SOURCE: ce geste d’adolescent qui, pris dans une forme de principe de plaisir, collectionne ce qui fait sens pour soi et accroche tout ensemble, s’en entoure et s’y love. Ce geste de l’enfant qui collectionne est le même qui nous anime dans la lecture ou dans la photographie quand notre esprit, notre œil, s’accroche sur un mot, une phrase, un coucher de soleil.

Ce qui nous a attiré devient bientôt obsédant et revient comme un leitmotiv. Isabella s’est prêtée au jeu de son propre esprit, « languissant de vide » comme l’écrit Saint-Simon dans ses Mémoires, à la recherche d’une forme d’inspiration. Que faire ? Par où commencer ? Au lieu de répondre à ces éternelles questions relatives à la création, elle s’intéresse bien plutôt à poser le problème et le livre SOURCE ne se présente pas seulement comme une liste de références inspirantes, il déploie ce qu’est la création : traverser sa propre expérience, être attentif à ce qui nous anime et nous plaît et en ouvrir toutes les possibilités. C’est de là que l’œuvre surgit.

Posant sur le monde un regard éminemment plastique et pictural, Isabella Hin propose des images photographiques qui sont autant de peintures abstraites où les magmas de couleur, les jeux de lumières, les effets de matière évoquent tantôt les embrasements de Jean Fautrier, tantôt ceux de Cy Twombly ou de Zao Wou-ki. Ces torrents, ces crevasses, ces coulées qui envahissent le cadre et font tableaux, elle les a trouvées dans les sous-sols de la Samaritaine où les infiltrations d’eau indiquent la proximité avec la Seine voisine. C’est en parcourant ce monde souterrain et aquatique, puis en découvrant que la Samaritaine tient précisément son nom d’une pompe à eau située jadis sur le Pont-Neuf, que la jeune photographe a décidé de lier le sort du magasin à ces éléments liquides qui disent le délabrement, l’érosion mais aussi la source et le recommencement.